Six jours à tuer

Laurent MAILLARD

Qui est vraiment Marc Stentforgue, dit « L’Américain », auteur à succès dont les livres s’arrachent ? Mais que personne n’a jamais vu. Et dont les détracteurs en viennent même à douter de l’existence.

Alors qu’elle cherche toujours à se faire oublier des autorités, l’ex-tueuse Aurélie Van-Root vit depuis plus d’un an en banlieue parisienne, sous la fausse identité de Marlène Gauchet, simple traductrice dans une petite maison d’édition. Un soir, son passé la rattrape lorsqu’elle porte secours à Gwenaëlle Madreau, jeune cadre du milieu de l’édition, mais surtout, correctrice attitrée du célèbre Stentforgue. En échange d’une jolie somme d’argent et sans bien savoir à qui elle a affaire, Gwenaëlle, menacée par des inconnus, recrute Aurélie Van-Root pour l’accompagner dans une petite ville vendéenne, où Stentforgue mène derrière les murs d’une vieille propriété, une vie de reclus. En tant que seule habilitée et selon un rituel bien établi, Gwenaëlle doit y corriger « Vory », la dernière œuvre du Maître, dont les Èditions Deleparc assurent la publication. Mais le séjour chez le célèbre écrivain vire peu à peu au cauchemar.

Des événements inquiétants ne tardent pas à se produire et Aurélie découvre que Stentforgue qui porte un intérêt suspect à la Gran Guerre de 1793 dissimule en fait un terrible secret autour duquel l’écriture et la mort semblent faire bon ménage.

ISBN  9782379120077
15€
180 pages


Six jours à tuer

Se planquer devient un art quand l’on est recherché par la police. Quand le passé fait que le présent a son pesant de secrets. Vivre dans une paranoïa aiguë devient une seconde nature. Pourquoi ne pas s’éloigner de la routine afin de se faire oublier?  Se fondre dans l’inconnu? Mais, il y a juste un petit truc à faire. Pour rendre service. Facile quand on a un passé bien rempli. C’est du moins ce que se dit notre héroïne. A t-elle raison ou tort?

Sur la pointe des pieds, nous accompagnons Aurélie alias Marlène à la recherche de l’écrivain fantôme. A quoi ressemble t-il? Pourquoi vit-il en ermite? Quels secrets se cachent dans les murs de sa résidence? Des questions dont les réponses ne résisteront peut-être pas à notre petite curieuse qui se sent bien dans ses baskets. Une énigme qui la fait revivre. Une lecture qui se fait sans heurts, mais avec une curiosité soutenue.

Nous nous engageons dans une tribulation qui n’est pas de tout repos. Une petite promenade où la veulerie, la soif d’argent et de pouvoir de l’humain n’a pas de limites. Un thriller, un grand chouïa sanglant et rythmé qui fait frémir. Un thriller dont la fin laisse sans voix tant elle est inattendue. Comment s’en sort notre héroïne? Une héroïne qui ne recule devant rien pour découvrir les réponses à ses questions.

Note 17/20
Lien vers les chroniques de Lee Ham


Le fantôme du général Joly

On pourrait se croire dans un roman gothique : un château isolé au milieu de nulle part, un propriétaire fou et alcoolique qui vit dans une pièce du haut, fermant les portes à clé, interdisant des parties de la maison aux visiteurs, tel un ogre qui y cacherait d’abominables mystères, utilisant des passages (presque) secrets, hurlant la nuit en pourchassant des chimères qui sont peut-être les âmes torturées de pauvres filles disparues dans les environs, des âmes qui crient dans la nuit. Pas de domestique à part des jardiniers qui passent et qui sous prétexte d’améliorer le paysage se contentent de dégager des dolmens qui cernent le manoir. Un châtelain fou, mais qui est une véritable source financière car ses thrillers sont vendus à des milliers d’exemplaires, des tapuscrits qui semblent sortir d’une vieille machine à la vitesse d’un TGV, pour le compte d’une maison d’édition qui ne vit que grâce à cet écrivain. Mais il y a aussi un manoir qui a appartenu à un vieux général vendéen (son trésor est peut-être caché dans le château). Et des étangs d’où émergent des brumes. Et des chapitres du dernier roman qui semblent disparaître. Et de vieilles femmes aux alentours qui semblent membres d’une secte étrange. Sans compter des morts bizarres que le docteur entérine comme naturelles. C’est dans ces conditions que Gwenaëlle Madreau, une jeune femme, employée de la maison d’édition, est envoyée pour récupérer le dernier texte du Maître (qui a pour pseudonyme Marc Stentforgue). Apeurée, elle emmène avec elle une amie. Et c’est cette amie (Aurélie Van-Root, que les lecteurs-suiveurs de Laurent Maillard connaissent bien car elle hante son œuvre) qui va faire basculer le roman. Car elle n’est pas une héroïne de romans gothiques, évaporée et s’évanouissant à chaque brindille qui craque, chaque meuble qui gémit ou porte qui grince. Au contraire, elle a un passé de terroriste-agent spéciale pour les pays de l’Est, et elle vient armée dans le coin car elle se doute que si la jeune amie a des soucis, c’est plus avec des forces bien réelles. Si les fantômes peuvent être dangereux, ils ne violent que très rarement dans les cages d’escalier. Et Aurélie Van-Root saura accueillir les forces du Mal, d’où qu’elles viennent…
C’est toujours avec un plaisir non dissimulé que l’on retrouve le personnage d’Aurélie Van-Root dans ses aventures étranges et marquées au sceau du bizarre et de l’incongru. Ce nouvel épisode est, comme toujours, dans un format court, jouant sur l’atmosphère et des descriptions qui mélangent avec soin des éléments fantasmatiques très forts (ici l’ambiance générale) et des moments très réalistes. Une saga toujours aussi enlevée avec son lot de rencontres et de rebondissements.

Citation

Chaque centimètre des murs de la « pièce interdite » était gribouillé, annoté, non par des graffitis, la première interprétation qui lui vint à l’esprit, mais bien par une écriture rédigée à l’encre de chine à en juger par l’amoncellement d’encriers vides qui traînaient un peu partout sur le plancher.

Rédacteur: Laurent Greusard
lundi 27 janvier 2020

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